Hanoi, Juillet 2009

Juillet 2009. Je viens d’atterrir à Hanoi. Le vol a été long, je suis fatiguée. Je récupère mon sac, il est lourd. C’est la première fois que je vais au Vietnam, c’est d’ailleurs la première fois que je me rends en Asie, et que je voyage seule. Mes sens en éveil, les yeux grands ouverts, les oreilles en alerte, j’observe. Depuis que j’ai pris ma place dans la file d’attente au comptoir de Vietnam Airlines, à l’aéroport de Roissy Charles de Gaulle, j’observe. Les personnes qui sont autour de moi, qui attendent pour déposer leurs valises et s’enregistrer sur le vol, vont, elles aussi, au Vietnam. Qui sont-elles ? Des touristes français qui, comme moi, partent en vacances ? Des familles d’expats qui rentrent au Vietnam après avoir passé quelques semaines d’été au bercail ? Des Vietnamiens qui reviennent de voyage d’affaire ? Des franco-vietnamiens qui partent découvrir leurs racines ? J’écoute, j’espionne, je jette une oreille pour entendre dans quelle langue on parle, je glisse des regards pour apercevoir la couleur des passeports. Moi qui ne connais rien au Vietnam, qui suis seule et qui suis si jeune, ces gens me fascinent. Leur vie et leurs expériences sont sûrement mille fois plus riches que les miennes. Je sens bien que je suis un imposteur, au milieu de ces grands voyageurs si sûrs d’eux.

J’ai passé les contrôles, par miracle on a apposé un tampon sur mon passeport, et j’ai récupéré mon énorme sac à dos. Les portes coulissantes s’ouvrent sur une horde de personnes amassées contre la barrière, venues réceptionner quelqu’un. On ne m’attend pas. Il fait plus chaud et un peu humide de ce côté, j’ai l’impression d’être sortie de l’air rendu neutre par la clim. Je regarde autour de moi, et j’avise une série de sièges où je pourrai m’asseoir en attendant de décider de la suite des événements. Après avoir repoussé le groupe des chauffeurs de taxis insistants qui veulent m’emmener dans le vieux quartier, je peux sortir les papiers qui se trouvent tout au fond de mon sac. L’adresse est là. Lorsque je relève la tête quelques minutes plus tard, ayant rassemblé mes forces et prête à partir, un chauffeur de taxi est toujours là. Sa persistance paye.

Sortie de l’aéroport. Bouffée d’air chaud, humide. Ça y est, c’est l’air du dehors. Il a une odeur, qui me paraît si caractéristique et qui me reviendra à chaque fois que je sortirai de cet aéroport. Je réalise enfin que je suis ailleurs, cet ailleurs que je suis venue chercher. Tout est déjà si différent : les voitures, les arbres, la couleur des peintures, les sons et bien sûr les gens. Mon chauffeur m’amène à une voiture noire, neuve, qui n’a pas du tout l’air d’un taxi officiel, mais qui est bien plus classe. Nous sommes rejoints par une troisième personne, ce seront donc deux chauffeurs qui m’escorteront pour mon entrée à Hanoi. Je les préviens tout de suite, je n’ai pas d’argent, il faudra s’arrêter au distributeur. Mais combien retirer ? Je n’ai pas du tout regardé le taux de change, alors je leur fais confiance. Il faudra retirer deux fois, me disent-ils. Ils m’apprennent à dire quelques mots, à compter jusqu’à 10. Ils sont curieux de savoir ce que je fais ici. On ne se comprend pas beaucoup, alors je souris, et je regarde par la fenêtre, absorbée par ce monde nouveau.

L’adresse est difficile à trouver, les ruelles sont étroites, et la voiture doit faire marche arrière plusieurs fois car il n’est plus possible d’avancer. Nous sommes dans un quartier qui n’a rien de touristique et les chauffeurs ne comprennent pas où nous allons, car il n’y a aucun hôtel dans le coin. Ils ouvrent la fenêtre pour demander la direction aux passants, cela me paraît bizarre, les conciliabules sont longs, le trajet s’éternise. Je leur propose de finir à pieds, après tout il semble bien qu’on y soit presque, mais ils insistent et veulent me porter à bon port. Enfin, nous arrivons devant une maison qui ne se distingue en rien des autres, si ce n’est la plaque à l’entrée. C’est ici ! Je suis perdue dans mes liasses de billets – me voici millionnaire en dongs – et je donne à mes chauffeurs ce qu’ils réclament. Ils prélèvent une bonne partie de mon magot, mais ils ont la bonté de me laisser quelques billets. Quelques heures plus tard, je me rendrai compte que j’ai payé plus de 4 fois le prix normal. Honteuse, je ne laisserai rien paraître, et j’irai jusqu’à prétendre devant mes nouveaux compagnons que j’ai payé le prix normal. Ma grande naïveté (mon inconscience diront certains) n’a pas vraiment été punie, il aurait pu m’arriver bien pire… mais ce qui est sûr, c’est qu’Hanoi m’a livré sa première leçon.

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Varanasi

En grandissant, j’avais l’habitude d’entendre que quand on est mort, plus rien n’a d’importance. Plus rien n’est grave ou triste, parce qu’il n’y a vraiment plus rien, tout est terminé. C’est difficile à imaginer, ce « rien », c’est au-delà des conceptions de l’enfant que j’étais, pourtant ça ne m’a jamais angoissée. C’était un « rien » apaisé. La mort est habituellement entourée de tellement de tristesse qu’elle était peut-être mieux là, emmitouflée dans cette cotonneuse brume de « rien »… Lire la suite « Varanasi »

« The urban and the masses »

Entre Saigon et Hanoi (oui ouiii) (je suis de retour après une petite escapade), ça fait deux semaines que j’essaye de vous écrire sur un sujet qui me tient à coeur : les classes sociales à Calcutta. Je ne sais pas trop comment appeler ces différences, ces distances et même ces murs entre les gens… Et j’ai mis du temps avant de pouvoir en parler ici. Je voulais vous l’évoquer à travers le prisme des castes, mais la vérité c’est que pour moi c’est bien plus flou que ça. Officiellement les castes n’existent plus, et même si je sais que les relations sociales d’aujourd’hui découlent des carcans d’hier, aucune de mes connaissances indiennes ne m’en a parlé en ces termes. Alors finalement je vais juste vous raconter ce qu’on me dit, ce que je vois… Lire la suite « « The urban and the masses » »