Varanasi

En grandissant, j’avais l’habitude d’entendre que quand on est mort, plus rien n’a d’importance. Plus rien n’est grave ou triste, parce qu’il n’y a vraiment plus rien, tout est terminé. C’est difficile à imaginer, ce « rien », c’est au-delà des conceptions de l’enfant que j’étais, pourtant ça ne m’a jamais angoissée. C’était un « rien » apaisé. La mort est habituellement entourée de tellement de tristesse qu’elle était peut-être mieux là, emmitouflée dans cette cotonneuse brume de « rien »…

Ensuite il y a eu ma première rencontre avec l’Inde, en 2010, et j’ai découvert la mort autrement. Ici et même si elle est intimement triste, elle est vue comme une délivrance de cette vie et une renaissance dans une autre, un cheminement vers un tout plus grand, et qui rapproche de la libération finale : la fin du cycle des réincarnations, la félicité.

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C’était perturbant au début, mais pour ce genre de questions spitiruelles j’ai adopté une technique d’adaptation infaillible : toute conception est valable, la vérité est dans ce que l’on croit. Si plusieurs croyances existent, alors il y a plusieurs vérités qui se chevauchent. Mais si pour que quelque chose soit vrai il faut que cela corresponde à la réalité, alors il y a plusieurs réalités qui se chevauchent ? Bon je m’arrête là sinon je vais ressortir mes cours de philo, voire faire une recherche sur la physique quantique, les ondes et les particules… N’hésitez pas à m’éclairer de vos réflexions dans les commentaires 🙂

Et puis il y a le jour où tu entres à Varanasi (ou Benares), et là tout ça n’a plus d’importance. On se retrouve au plus près de la spiritualité de la mort, et donc de la vie. Hors du temps mais au coeur de traditions séculaires.

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Varanasi, tournée vers le Gange

« Benares is older than history, older than tradition, older even than legend, and looks twice as old as all of them put together. » Mark Twain, 1897

 

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Varanasi la sacrée. Centre de l’univers selon l’hindouisme, elle est la ville qui, si on y meurt, libère du cycle de la vie et de la mort, celui des réincarnations. La délivrance ultime.

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La vieille ville, située le long du Gange, est faite de ruelles entrelacées, sinueuses, vivantes. Fraîches car à l’abri du soleil, si étroites qu’elles en sont presque calmes, elles sont aussi odorantes (encens et bouses de vaches obliges – animal sacré pour lieu sacré).

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Les ghats – marches et esplanades situées le long du fleuve que l’on trouve dans de nombreuses villes indiennes – sont le lieu de vie et d’animation à Varanasi. Les gens viennent s’y  purifier d’une vie de péchés en se trempant dans l’eau du Gange, ou plus prosaïquement y laver leurs vêtements ou bien leurs dents, boire trois gorgées d’eau sacrée selon le rituel, ou encore y brûler leurs morts…

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Les burning ghats, où les crémations ont lieu, brûlent nuit et jour sans interruption, et ce depuis la nuit des temps (sûrement). La mort est ici toute autre que ce que l’on sait d’elle. Elle n’est pas triste et ne saurait l’être : alors que les proches du défunt l’accompagnent sur le ghat, les femmes, les enfants et surtout leurs larmes potentielles y sont interdits (vous avez dit sexiste ?). Le corps quant à lui est publiquement purifié par le feu avant de pouvoir rejoindre le Gange, la Mère.

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Réserves de bois pour les crémations et barques pour accéder aux bâtiments et aux ghats – les bords du Gange sont inondés

Tous les soirs, le Gange est célébré lors de cérémonies impressionnantes où l’odeur de l’encens se mêle au spectacle du feu, et au son des chants des brahmanes et des coquillages, dans lesquels on souffle pour éloigner les mauvais esprits. A la fin tout le monde offre des fleurs au Fleuve…

Varanasi et de nombreuses villes et villages de l’Uttar Pradesh ont passé une bonne partie de la mousson inondées, comme cela ne s’était pas vu depuis des années. En arrivant par le train, du haut du pont qui enjambe le Gange, on a vu l’étendue des dégâts : l’eau avait submergé les rez-de-chaussée des maisons jusqu’au plafond sur des rue entières, et avait englouti les troncs d’arbres pour n’en laisser voir que la cime. Les habitants s’étaient réfugiés sur les toîts (lieu parfait pour organiser des concours de cerf-volant) et circulaient en barque entre les maisons. Les ghats étaient sous l’eau, sauf les burning ghats, jamais éteints, tout à leur tâche infinie de brûler les morts…

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Vous commencez à imaginer la scène ? Il vous manque encore pas mal d’ingrédients. Les vaches, les chèvres, les singes, les chiens. Les temples, les ashrams, les cloches, l’encens. Les vendeurs de broutilles, les touristes pas si nombreux, les groupes d’Indiens en pélerinage… Tout ça dans un labyrinthe de ruelles en pente qui conduisent au Gange, le coeur de la ville.

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Et sinon, comme je pars ce week-end dans le Darjeeling, je vous rapporte très vite des photos de plantations de thé !

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Coeur brisé quand les bébés pleurent en me voyant
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