Coach

La semaine dernière, notre centre a accueilli un séminaire sur la pédagogie LP4Y à destination de différents acteurs du développement et du travail social. A l’occasion d’une intervention sur le coaching, j’ai pu ajouter ma pierre à l’édifice en témoignant de ma très brève – j’ai commencé à travailler avec les jeunes il y a moins de 2 mois – expérience de coaching. Je me suis dit que ça vous intéresserait peut-être d’en savoir plus sur mon quotidien avec les jeunes, voici donc un petit aperçu de ce que j’ai raconté au séminaire.

Ma journée de coach…

  • … et celle de tous les coach LP4Y commence toujours avec une poignée de main à chaque jeune. Avoir une poigne ferme, regarder la personne dans les yeux, ce n’est pas évident pour les jeunes, et pourtant c’est un savoir-être essentiel dans le monde du travail. Une bonne poignée de main témoigne de la confiance en soi d’un individu, quand une main fuyante et des yeux baissés n’incitent pas à la confiance, et d’ailleurs c’est fou de voir la progression des jeunes (sauf quand ils te brisent les os pour montrer que, oui ils savent serrer la main!). Mais en plus de ça, c’est important pour accueillir personnellement chaque jeune, lui montrer qu’il a de l’importance et dire quelques mots à chacun avant que les trainings commencent (« tu es à l’heure aujourd’hui, c’est super »,  « tu te sens mieux qu’hier ? », « Tu as bien dormi ? »…).
  • Les trainings s’enchaînent, que ce soit des cours (anglais, culture G. et maintenant informatique car on a reçu des ordinateurs cette semaine ! les jeunes les attendaient avec impatience, la plupart d’entre eux n’ont jamais touché un clavier de leur vie, et l’ordinateur est le symbole du travail de bureau avec salaire stable, et d’Internet), du « travail » (l’activité micro-économique qu’ils gèrent – comme ici c’est le début ils doivent la créer : business plan, étude de marché, planning prévisionnel et j’en passe), ou de la « guidance ».
  • Pour les cours et le travail sur l’initiative micro-économique, mon but est de… passer le moins de temps possible avec les jeunes. On a des intervenants extérieurs et on essaye de faire travailler les jeunes en autonomie. Mes trainings préférés en tant que coach, c’est la « guidance » (en anglais dans le texte) : des séances en groupe ou individuelles, dont le but est de guider les jeunes dans leur progression tout au long du parcours à LP4Y. Team building, objectifs personnels, mise en place d’un plan pour le futur… c’est très complet et ça aide chaque jeune à trouver sa place, ses objectifs, sa voie et sa voix.
  • Les débriefings ponctuent la journée, à la fin de chaque activité. Ils permettent aux jeunes de faire le point sur ce qu’ils ont fait et appris, de prendre du recul sur l’expérience qu’ils viennent de vivre mais aussi sur eux-mêmes et leur équipe, de se donner des challenges. Même s’il est parfois difficile de débloquer la parole dans un groupe où tous les jeunes sont nouveaux (en règle générale tout roule plus facilement quand les équipes ont des anciennetés mixtes), le coach apprend toujours quelque chose sur la façon dont le training a été vécu.
  • La journée se termine comme elle a commencé, par une poignée de main et un sourire, quoi qu’il arrive. Même si la journée ne s’est pas bien passée, même si l’énergie et la patience ne sont pas au même niveau qu’à 8h du matin, même si un jeune a déçu, menti, volé, chaque jeune doit sentir que quoi qu’il arrive, il n’est pas défini par ses erreurs et que demain est un autre jour, une autre chance.
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Les jeunes travaillent sur leur « life project plan »

Mes challenges

  • Garder de la distance avec les jeunes. Je ne les connais pas depuis longtemps mais je suis déjà attachée à chacun d’entre eux. Ils me font confiance (à moi et à la pédagogie LP4Y) pour les guider pendant un an, et c’est quelque chose d’énorme. Je leur donne beaucoup d’énergie et ils me le rendent bien. Mais bon, comme pour tout coach, le risque c’est de trop s’attacher. J’en ai déjà fait l’expérience à School On The Boat, avec deux enfants qui avaient des situations particulièrement difficiles chez eux, et que mon cœur se tordait en deux quand par exemple il fallait les ramener à la maison après les avoir emmené manger (ce qui n’est pas la vocation de SOTB mais personne d’autre ne le faisait, et comment demander à un enfant d’arrêter de foutre le bordel à l’école et de faire ses devoirs quand il a le ventre vide ?). Bref, garder une distance.
  • Etre patiente. Suivre la pédagogie LP4Y à la lettre (attitude positive, laisser les jeunes faire par eux-mêmes et apprendre de leurs expériences, suivre le rythme de chaque jeune…) demande beaucoup de patience et d’adaptation. Il y a des déceptions, des trainings qui ne se passent pas aussi bien qu’espéré, des explications qui prennent une heure au lieu de 20mn… L’adaptation je commence à connaître, la patience ce n’est pas toujours mon fort, mais m’y efforcer dans le contexte de LP4Y m’aide à l’appliquer aussi dans ma vie privée.
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Sonu chez lui avec sa famille – tout le monde dort dans ce lit

Ce que j’ai appris

  • Après 3 ans à travailler avec des gens de tous les milieux et de différentes cultures, j’ai encore pas mal de préjugés. Je vois un jeune propre sur lui, discret et poli, et je me dis que ça va être du gâteau de le coacher, contrairement à son voisin qui a un peu une allure de gangster. Et puis finalement c’est tout le contraire qui se passe, et je suis déçue par les premiers et agréablement surprise par les seconds. Et même si je ne le montre pas, je pense que les jeunes sentent tout ça. J’apprends à oublier ces cases.
  • L’attitude positive, je trouve que c’est une révolution. Déjà, après plusieurs années à l’étranger, je pense pouvoir dire que j’ai arrêté de me plaindre à tout bout de champ comme le font si bien les français (avouez !! love sur vous quand même 🙂 )(d’ailleurs en atterrissant en France à mon retour du Vietnam, la première personne qui m’a adressé la parole l’a fait pour se plaindre que les machines de la RATP ne marchent jamais (la RATP, défouloir officiel des Franciliens depuis 1948), ça m’a mis un coup tant de négativité). La prochaine étape, c’est de voir la vie en positif, de ne pas chercher le truc qui cloche pour le critiquer, de prendre le bon plutôt que le mauvais. De ne pas dire à un jeune qu’il a fait une erreur mais de souligner le bon et de le challenger sur la façon de faire mieux. De ne pas parler d’erreurs mais d’occasions d’apprendre et de progresser (ce qui n’est pas du tout le moto dans l’éducation nationale française, à moins que ça ait changé depuis mon époque ?). C’est top parce que comme la patience, c’est quelque chose que je peux essayer de transposer dans tous les aspects de ma vie…
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Entrée en Autonomy Step

Et voilà, c’est pas mal de développement personnel pour moi, finalement !

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4 commentaires sur “Coach

  1. super article merci Roxanne ! ne pas mettre dans des cases et toujours redonner une chance au jeune…en effet il en faut de la persévérance !

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  2. Bel article, avec un angle de vue personnel très intéressant , et je retiens aussi la leçon de sagesse « nous ne sommes pas définis par nos erreurs, chaque jour est une autre chance » … pour tout le monde, jeune ou vieux !

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