Friends

En arrivant à Calcutta, Lauriane et moi on a vite cherché à se construire une vie sociale : Couchsurfers, concerts, événements… On a tout fait pour  rencontrer des gens. Ca a plutôt bien marché comme stratégie et on a déjà des potes très sympas 🙂

N’empêche, à Hanoi comme à Calcutta, je me suis rendu compte qu’en tant qu’étrangère, les relations sociales sont… différentes.

Dès le début, je pense qu’on est beaucoup à avoir cette petite tendance à vouloir se recréer un cocon, comme une famille adoptive de potes, avec qui les liens se nouent très vite et sont très forts. Ca, c’est plutôt cool !

Pour moi ces amis-là, au Vietnam ça a beaucoup été (mais pas toujours) des Français ou d’autres étrangers. Parce que j’avais beau vouloir m’intégrer au mieux, apprendre le vietnamien et être fan de Hanoi (littéralement fan : j’ai un tatouage pour le prouver), la connexion se faisait plus facilement avec des étrangers. Mais aussi parce que souvent, quelque chose me gênait dans mes rencontres avec certains Vietnamiens, quelque chose que je retrouve aussi ici à Calcutta.

Je vous ai raconté l’autre jour, nos petites ballades dans les bidonvilles et les rencontres qui en résultaient, la curiosité et l’intérêt des gens. Cet intérêt, il vient du fait qu’on est différentes, qu’on est étrangères. J’aime bien cette curiosité réciproque, c’est agréable et ça mène à beaucoup de jolies découvertes.

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Mais ça se traduit aussi par d’autres choses dans notre vie de tous les jours, comme quand quelqu’un veut absolument nous aider à attraper un taxi (ça c’est cool), nous donner un coup de main pour aller à tel ou tel endroit (donc nous trimballer en moto collé serré pendant 30mn), nous inviter au resto là maintenant et juste Lauriane et moi alors qu’on est en pleine réunion de couchsurfers (euh…non?), nous raccompagner chez nous en voiture alors qu’on ne se connaît pas (hello depuis quand on monte dans la voiture d’un inconnu) et que de toutes façons on attend un taxi (oui on prend beaucoup le taxi, c’est 1€50 la demi-heure), bref être très -trop ?- gentil alors que, je répète on ne se connaît pas.

Et là je ne veux pas paraître cynique mais… pourquoi ? derrière cette gentillesse, je crois bien qu’il se cache parfois un intérêt tout particulier, l’intérêt de « connaître » une étrangère, de l’avoir aidé, de lui avoir parlé, (d’avoir son numéro)… et ça peut devenir très vite intrusif.

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Je me sens souvent réduite à ça : une étrangère, une jeune femme blanche, une représentation. Et je ne parle pas du fait que je ne serai jamais considérée comme une locale par les gens, non mais ça c’est totalement okay, je ne suis pas Indienne ou Vietnamienne et je ne le serai jamais. Mais c’est dérangeant de voir que l’extérieur prend toute la place. D’être traitée d’une façon différente parce qu’on a une couleur de peau différente. En règle générale, ce genre de différenciation par la couleur de peau ou l’origine ça s’appelle du racisme, et c’est dégueulasse.

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Là j’ai plutôt de la chance, c’est de la discrimination positive… Donc je vais arrêter tout de suite de me plaindre, arrêter d’être égocentrique (enfin dans une certaine mesure, mon blog porte mon nom quand même) et passer aux choses sérieuses et aux grandes questions de la vie : dans quel genre de monde vit-on ? Qui a brainwashé les gens ? Pourquoi est-il si cool d’être pote avec une blanche ? (Est-ce que c’est pour pécho ??) De quelles représentations sommes-nous l’image ? Pourquoi les gens votent-ils FN, pourquoi la crise des réfugiés, pourquoi le racisme, POURQUOI ? (bon je vous laisse avec les questions, pour les réponses on en discutera un jour autour d’un verre de vin).

Je vous embrasse.

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Un commentaire sur “Friends

  1. Le statut de l’étrangère (en plus blanche) n’est pas toujours facile à vivre…en Guinée également, où je suis.
    « Eh la Blanche, donne-moi ton numéro, je veux te connaître » est quelque chose que j’entends 10x par jour!
    Pour répondre un peu à tes dernières questions avec ma (petite) expérience africaine: connaître une Blanche = signe de prestige, je suis pote avec le boss, et avec un peu de chance il va me trouver un travail et m’aider à avoir un visa. Ca peut aussi être pour pécho. Mais l’avantage, c’est qu’ils sont assez honnêtes dans leur mélange à proportions variables de curiosité, d’opportunisme et de véritable intérêt pour ma personne au-delà de ma blancheur. Et ils me demandent souvent si en France, les blancs font pareil quand ils voient des noirs. Ils rient quand je leur explique.

    Ah mais je viens de lire que tu ne voulais pas de réponses! Trop tard 🙂

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