Qui on est

Après mon arrivée au Vietnam, il y a 3 ans, quelque chose de bizarre s’est passé. Au fil des semaines et des mois je me suis rendu compte que j’avais envie d’être différente, je voulais que ce changement de pays soit aussi un changement à l’intérieur et je me suis posé la question, qui je veux être ? C’est devenu une de mes préoccupations principales, je m’observais tout le temps comme de l’extérieur, et au bout d’un moment je ne me suis plus reconnue, je ne savais plus. Et en même temps, je me sentais, plus que jamais, moi. C’était très perturbant ce sentiment contradictoire, et très libérateur aussi.

J’ai fait l’expérience de ce que certaines personnes ressentent en partant vivre seul, pour la première fois, à l’étranger : cette liberté qu’on éprouve quand personne ne nous connaît et qu’on ne connaît rien. Quand personne ne s’attend à la manière dont on va réagir, quand son identité ressemble à une page blanche que l’on peut remplir des mots et des images qu’on choisit. Un peu comme le premier jour de la rentrée dans une nouvelle école, quand on choisit ses plus beaux habits et qu’on se dit qu’on va se faire plein de copains… Ca m’a donné l’énergie de prendre des décisions importantes. De mettre fin à une relation qui ne me correspondait plus. De rester 2 ans et demi au Vietnam au lieu de 6 mois. De m’investir dans School On The Boat et d’expérimenter cette vie nouvelle qui n’avait été tracée par personne, que par moi.

Je n’ai pas changé d’un coup ni tant que ça finalement, mais une porte s’était ouverte en moi, celle de la réflexion sur l’identité, sur qui je suis, pourquoi je suis cette personne, et qui je veux être. Pour l’instant ça me paraît sans fin, mais peut-être qu’un jour j’aurai l’impression d’être arrivée au bout. Aucune idée. J’apprends en permanence des petites choses sur moi, par exemple -et au cas où j’aurais encore des doutes-, que je suis bien la fille de mes parents (hello papa et maman!) et la soeur de mes frères (hello les gars!). Mais dans quelle mesure ? Qu’est-ce qui est déterminé par mon enfance, ma culture, mon environnement, et qu’est-ce qui ne l’est pas ? Et comment quoi que ce soit peut ne dépendre que de moi, puisque ce moi s’est construit à travers l’Autre, puisqu’on apprend et qu’on se construit par imitation…  En gros, « qui suis-je et où vais-je »…?

Je n’ai pas vécu la même chose en arrivant en Inde, mais j’ai eu d’autres déclics, à d’autres moments, comme quand j’ai vu ce TED talk de Brené Brown sur la vulnérabilité (à regarder quand vous aurez 20 mn) et que j’ai compris non seulement que, sans m’en rendre compte, je n’avais jamais voulu ou accepté d’être vulnérable, mais aussi que c’était sûrement une erreur.

Ou bien régulièrement, quand je lis le blog de Mai Hua sur les gens et leur beauté, la vie et sa beauté, la beauté, quoi, et que j’apprends à regarder les autres et moi-même avec plus de bienveillance.

Bref, je me disais que c’est une question vieille comme l’humanité, ce « qui suis-je et où vais-je », et qu’il a fallu un déménagement à l’autre bout de la Terre pour que je commence à me la poser… Et chez les autres alors, qu’est-ce qui la provoque ? Une rupture amoureuse, un conflit familial, un déménagement… ? Ou bien elle a toujours été là et vous pensez que je suis vraiment lente à la détente ? ou vous ne vous l’êtes jamais posée et vous vous dites que je me prends vraiment la tête pour rien ?

Je me demandais si vous pouviez partager ça ici, anonymement pourquoi pas, en une phrase ou bien en long et en large, si ça vous dit… parce que ça me passionne, qu’on a tous une expérience différente, et que j’ai envie de connaître la vôtre. Merci 🙂

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11 commentaires sur “Qui on est

  1. Oui, je me la pose de temps en temps, mais plus on avance plus il est difficile de sortir de sa petite vie tranquille, de se remettre en question, car cette interrogation secoue un peu. Quand on est déjà sur des rails, on ne voit plus les aiguillages! Alors c’est très courageux d’aller loin dans cette réflexion, et d’explorer d’autres dimensions que celles « imposées » par notre société occidentale.
    Le livre écrit par Brené brown doit être très intéressant à ce sujet :
    « Alors plutôt que de rester assis sur le banc de touche, et d’émettre sans cesse des jugements et des conseils, mieux vaut oser se découvrir et accepter d’être vulnérable. Vivre de manière entière, en troquant le culte du contrôle contre le lâcher-prise et l’ouverture émotionnelle.
    Oser être vulnérable, c’est cela le courage »

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    1. Merci maman pour ton commentaire ! Ca secoue c’est sûr…
      Il faudra que tu m’ammènes le livre quand vous viendrez me voir. « le culte du contrôle », je n’y avais pas pensé, mais oui ça fait vraiment partie du problème…

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  2. Je me la suis beaucoup posée et je me la pose encore mais avec beaucoup plus de sérénité. Avoir une passion et essayer d’en vivre m’a beaucoup aidé. Bisou mon Chou ❤

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  3. « Qui suis-je et où vais-je », c’est bien là une interrogation que je me pose très souvent.
    Je pensais avant que mon identité était figée, déterminée par mon environnement, en quelque sorte prisonnière de mon espace vécu et de mes relations sociales existantes.
    Et puis maintenant, je pense différemment (Hello l’université et la géo mais aussi les voyages – solo ou avec toi en Asie du Sud Est). Sans pour autant avoir trouver de réponses à mes questions, j’ai grandi. C’est bête à dire mais; considérant que l’identité est une construction sociale en perpétuelle transformation, il me semble important de prendre en considération son inscription dans le temps et l’espace. Alors grandir, c’est peut-être se découvrir soi-même, s’accepter soi-même, découvrir les autres et accepter les autres.. Et cette dimension spatiale et temporelle me semble essentielle pour comprendre qui on est et pourquoi.
    Ca n’enlève pas toutes les incertitudes sur soi, les autres et tous les aspects de la société, et tant mieux parce que vivre qu’avec des certitudes ça me parait dangereux. Pourquoi je suis là et pas ailleurs, pourquoi maintenant et pas demain ou n’importe quel autre moment sur la ligne du temp, pourquoi je suis tel que je suis etc, etc.
    Alors quand je me pose la question qu’est ce qui fait que je suis ce que je suis, j’aime à penser que ce qui me motive c’est d’apprendre, de comprendre et de découvrir la diversité des êtres humains, des territoires, des sociétés, des modes de vie et des cultures. J’aime à penser que plus j’acquère des connaissances sur la diversité du monde, plus cette mosaique qui compose mon complexe identitaire se complète et s’enrichit. Pour moi, construire sa personne, c’est se nourrir de la richesse de la différence, de l’altérité.
    En revanche, j’ai le sentiment de me trouver souvent face à des contradictions. Comme le sentiment conflictuel entre la volonté d’avoir de l’importance, de compter pour quelque chose, une cause, de s’engager, de prendre position, et l’idée de n’être qu’une goutte d’eau dans un océan, tel que l’humanité – et plus badant encore, l’univers – et d’être impuissant, insignifiant. Alors verdict, se résilier ou lutter ?
    Je me pose des questions sur les Hommes, qu’est ce qui fait nos différences et nos similitudes, on est tous des êtres humains et pourtant … Qu’est-ce qui relève de l’universalité et de la singularité ? Pourquoi tant d’inégalités ?
    Finalement, je pense que se poser des questions sur son identité amène souvent la peur de se connaitre, et de ne plus se reconnaitre dans ses pairs et l’altérité. Ca pose la question de son positionnement dans l’espace social, ça pousse à trouver sa place dans une société donnée à un temps donné.
    Voilà, j’ai trouvé ton article très intéressant et aussi courageux alors je voulais participer. Je pourrais continuer encore des heures mais j’suis en vacance héhé alors petite pause.
    A la prochaine.

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  4. Certaines personnes savent qui elles sont et essayent de changer le monde qui les entoure afin qu’il leur convienne. Elles sont le moule. D’autres personnes sont plutôt des ébauches de terre glaise, qui se laissent sculpter par les expériences.Elles ne peuvent découvrir leur essence qu’en multipliant les chocs et les rencontres, qui les façonne un peu davantage à chaque fois. Elles se laissent couler par un milliard de moules.

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